« Qui sème le vent, récolte la tempête ». Il y a tant de causes et de facteurs, sur le plan politique, économique et social. Pendant des années, les pouvoirs politiques affaiblis, tous, ont tenté de créer du consensus en expliquant que le pays allait bien mais qu’il était miné par le communautarisme. En réalité, il l’était par l’injustice sociale, et du fait de leur choix politiques. C’est l’histoire d’un grand et beau pays dont une caste a accaparé le pouvoir, et dont Macron est le dernier avatar.

Pour les présidentielles de 2017, l’instrumentalisation du « rempart contre Le Pen » a joué à fond, entretenant le mythe d’un consensus politique. Or, dans une démocratie, il faut respecter les chiffres : au premier tour, Macron avait obtenu 8 657 326 voix, soit 18,19% des inscrits. Merci au mythe Le Pen – une SARL défraîchie et sans avenir – pour avoir fait croire qu’il y avait 66 % de Français favorables au jeune trader. Macron est donc revenu à son niveau réel, mais il continue de perdre.

Autre fait politique récent, tellement parlant, à savoir l’élection législative partielle d’Évry, qui était celle d’un ancien Premier ministre : le taux de participation a été de 18 %, ce qui signifie que 82 % des électeurs se contrefichent du jeu parlementaire.

La toile de fond est l’écroulement du pouvoir politique – la communication ayant cru pouvoir remplacer l’adhésion – et dans ce cadre, s’est imposé un mouvement qui se caractérise par quatre principes jamais réunis :

  • le refus de désigner des délégués nationaux, comme garantie de rester fidèle à sa base ;
  • le refus de négocier avec qui que ce soit, y compris avec le premier ministre, lamentablement planté le vendredi 30 novembre (attitude catastrophique du gouvernement : je maintiens mes décisions mais je suis prêt à vous recevoir pour vous les expliquer… C’est mort) ;
  • le refus de déclarer les manifestations, ce qui permet de rester libre de l’organisation, dans une confrontation directe avec les forces de sécurité ;
  • des violences assumées lors des manifestations, certes réhaussées par l’action des groupuscules, mais qui sont d’abord celles des gilets jaunes, comme le montre le profil des centaines de personnes traduites devant le tribunal, assumant que c’est le moyen de se faire entendre.

Nous verrons ce qu’il adviendra, car sur le terrain tout est en live. Mais la confrontation entre l’urgence sociale et le jeu institutionnel laisse peu de cartes, et la question est de savoir comment on va passer le week-end, ce qui signera l’avenir de Macron.

« Qui sème le vent, récolte la tempête ». Macron, sa secte et les tireurs de ficelles ont voulu tourner la page de la vieille France, et dans cette logique jupitérienne à la noix – car Jupiter, c’était quand même un peu plus sérieux – Macron se voulait seul face au peuple : nous y sommes.

Il faut ne pas se promener dans les rues, et ne jamais être allé sur un giratoire pour ne pas dire la haine qui se focalise sa personne. Le premier slogan national est « Macron démission ». Le pays attend la fin de cette insupportable arrogance, de ces choix à sens unique pour les premiers de cordée, et de cette morgue provocatrice.

Il croit pouvoir gagner du temps, compter sur le pourrissement et les divisions, mais il ne reste que quatre jours avant l’échéance de samedi pour l’acte 4.

Option 1 : notre politique est la bonne, mais nous l’expliquons mal. C’est mort.

Option 2 : le gouvernement fait les gestes nécessaires pour montrer la rupture politique, c’est-à-dire le blocage des taxes sur l’essence, le rétablissement de l’impôt sur la fortune, l’annulation du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), et un geste sérieux pour les petites retraites et le SMIC. Ce serait la sagesse, mais le gouvernement n’est pas sur cette option.

Option 3 : le gouvernement fait une série de propositions de seconde zone, imaginant pouvoir embrouiller les esprits. Dans ce cas, ce sera l’acte 4. Dans chaque ville, ce sera la pression maximum avec la conviction de pouvoir gagner parce que le pouvoir chancelle. A Paris, personne ne sait ce qui adviendra, mais personne ne veut prendre le risque. Aussi, si l’acte 4 n’est pas annulé vendredi, la ville va être désertée, tous ceux qui ont une voiture vont fuir, les commerçants vont se barricader… Un spectacle de fin de monde, et qui sait ce qui arrivera si les manifestants viennent deux ou trois fois plus nombreux que le 1er décembre ?

Nous sommes en démocratie, et dans ce qu’est devenue la Ve République depuis que Jospin a décidé que les législatives suivaient la présidentielle, tout se joue sur cette maudite présidentielle. Les partis politiques ne demandent pas la démission de Macron, quoi qu’ils en pensent, car ces enfoirés ont besoin de sauvegarder la fonction présidentielle, qui est leur espoir d’accéder au pouvoir : la preuve est faite qu’avec 16 ou 18 % au premier tour, la victoire est possible au second tour avec un basculement de tout le pouvoir, alors ils restent en planque.

Si la situation dure, nous verrons, mais il y a ce samedi.

L’ambiance est plutôt bonne à la base, mais on ne gouverne pas le pays sans une organisation solide, et il y a de quoi être inquiet alors que tous les corps intermédiaires ont été fracassés. Si le président élu démissionne maintenant, c’est-à-dire avant que la situation soit trop dégradée, l’intérim sera assuré par le président du Sénat. Il n’y a donc pas de risque institutionnel. Le pays ne retrouvera la paix et l’ordre que quand Macron sera parti, et oui, le plus tôt sera le mieux.

2018-12-04T00:25:42+00:004 décembre 2018|